Les plaies chroniques sont la conséquence d'un processus pathologique local et / ou général.
L'escarre est une nécrose ischémique du tissu cutané et sous-cutané par compression vasculaire prolongée entre une proéminence osseuse et un point d'appui.
Cette pression externe est transmise par un support (lit, fauteuil) et ne s'exerce que sur certaines parties du corps qui sont les zones d'appui sur le support. L'étendue et l'importance de l'escarre dépendent de plusieurs facteurs : l'intensité de la pression, la durée, la résistance du tissu à la pression et l'état général du patient.
Localement, les dégâts tissulaires résultent de trois forces :
Les facteurs de risques
FACTEURS DE RISQUE EXTRINSEQUES (INDEPENDANTS DU PATIENT)
- La pression
Ce sont des forces perpendiculaires s'exerçant sur une surface limitée de tissu vivant. Cette pression s'exerce surtout en regard des zones d'appui que sont les proéminences osseuses. Les tissus mous situés entre le relief osseux et le support sous-jacent sont comprimés. Elles correspondent à la répartition du poids du corps sur la surface de contact.
- Les frottements
Ce sont des forces s'exerçant entre deux surfaces, se mobilisant l'une sur l'autre.
Ces forces sont fréquemment responsables de l'abrasion initiale de la peau.
- Le cisaillement
Il s'agit de forces entraînant le glissement et la torsion des couches sous-cutanées. Elles surviennent surtout en position semi-assise instable par glissement du squelette osseux alors que les plans superficiels restent adhérents au support. Les manoeuvres de pétrissage par massage appuyé et profond reproduisent le même phénomène néfaste.
FACTEURS DE RISQUE INTRINSEQUES (LIES A L'ETAT DU PATIENT)
- L'âge et le mauvais état cutané
- L'âge, la fragilité cutanée, la corticothérapie au long cours et les états carentiels entraînent une perte de résistance de la peau.
- Les pathologies neurologiques
- Altération de la sensibilité et de la motricité (séquelles d'A.V.C.)
- Anesthésie, hypoesthésie
- Pathologies médullaires, neurologiques
- Les troubles de la sensibilité conduisent à la suppression du signal douloureux d'hyper appui et du réflexe conduisant au changement de position.
- Les pathologies intercurrentes
- Hypoxie locale par artériopathie et/ou anomalie du retour veineux, diabète
- Les cancers, les infections, l'anémie, l'hyperthermie sont autant de facteurs de risque.
- L'incontinence
- La macération due à l'incontinence entraîne la fragilité cutanée.
Localisation anatomique des escarres
- Le statut nutritionnel
- La dénutrition apparaît comme un facteur de risque majeur dans l'apparition des escarres. La prévention de l'escarre doit s'accompagner d'une prise en charge nutritionnelle adaptée.
Localisation anatomique des escarres
- 80 % des escarres siègent au sacrum et aux talons.
EPIDEMIOLOGIE
300 000 cas par an en France.
En milieu hospitalier et institutionnel, son incidence varie de 6 à 25 % selon les services.
Age moyen des porteurs d'escarres 74 ans.
Les escarres dépendent des facteurs locaux et généraux (patients à risque).
PATIENT A RISQUE EN SITUATION FAVORISANT L'APPARITION D'ESCARRES
Une affection orthopédique, neurologique avec une dégradation de l'état général du patient entraîne une immobilité qui va accroître les pressions d'appui (ex : une intervention chirurgicale, une immobilisation prolongée, l'âge........)
Ce risque se manifeste par l'apparition d'une rougeur locale qui peut être réversible et disparaître à la pression. La mise en place d'un traitement adapté et de mesures de prévention peuvent éviter ce stade et son évolution vers l'escarre constitée.
Phases évolutives de l'escarre
- STADE 0
ROUGEUR REVERSIBLE
Le patient à risque, sans lésion cutanée constituée définit le stade 0 de l'escarre.
Ce stade infraclinique (sans lésion, peau intacte) peut aussi être représenté par une rougeur mais une rougeur réversible, capable de blanchir à la pression (voir photo).
Ce stade 0 est un stade d'alerte.
- STADE 1
ROUGEUR PERSISTANTE
Il s'agit d'une plaque rouge, compliquée d'oedème et d'induration, parfois chaude, souvent douloureuse.
Il n'y a pas d'effraction de la peau.
Cette rougeur ne blanchit pas à la pression.
Cet érythème persistant correspond à une atteinte de l'épiderme et des tissus sous-jacents.
Dès ce stade, tout geste de massage est proscrit.
- STADE 2
ROUGEUR IRREVERSIBLE AVEC ULCERATION DERMOEPIDERMIQUE SUPERFICIELLE
Elle se traduit :
- soit par une phlyctène entrainant un décollement de l'épiderme.
- soit par une érosion dermo-épidermique.
- STADE 3
NECROSE TISSULAIRE
Atteinte de l'épiderme, du derme et de l'hypoderme pouvant s'étendre jusqu'au fascia.
Sur la photo, il s'agit d'une escarre fermée par une plaque de nécrose sèche noirâtre attenante aux tissus sains. Elle témoigne d'une dévitalisation définitive des tissus sous-jacents.
Son aspect extérieur est faussement rassurant et ne permet pas de préjuger de l'importance des lésions en profondeur.
Elle est limitée par un sillon dont la progression va entraîner le décollement progressif de la plaque.
Cette nécrose sèche a tendance à devenir ensuite fibrino-nécrotique humide.
- STADE 4
Les dégâts tissulaires dépassent les tissus sous-cutanés et touchent les structures sous-jacentes (fascia des muscles, tendons et/ou articulations)
L'ulcère est une perte de substance du 1/3 inférieur de la jambe.
La prévalence de l'ulcère de jambe est estimée à 1 % de la population générale, elle augmente avec l'âge jusqu'à atteindre 3 % de la population d'âge supérieur à 65 ans.
L'ulcération n'a pas tendance à la cicatrisation spontanée en l'absence du traitement de sa cause.
Il constitue un véritable fléau du fait de son caractère handicapant, récidivant et de son coût pour la société.
Il peut également donner lieu à des complications infectieuses.
90 % des ulcères de jambe sont d'origine vasculaire dont veineux, mixtes ou artériels. D'autres causes sont plus rares comme l'angiodermite nécrotique, les maladies hématologiques ou les maladies de système.
Au cours des dernières décennies, la proportion d'ulcères d'origine mixte artério-veineuse augmente, conséquence du vieillissement des patients souffrant de ces pathologies.
ULCERE DE JAMBE D'ORIGINE VEINEUSE /MIXTE
L'étiologie veineuse est la plus fréquente. Dans l'ulcère veineux, deux origines sont rencontrées : les ulcères post-variqueux et post-phlébitiques.
L'ulcère post-variqueux
Les différents stades de l'insuffisance veineuse chronique (IVC)
- STADE I : TELANGIECTASIES
Les télangiectasies sont des dilatations ou élongations des veinules du derme d'aspect bleu violacé et visibles en nappe ou en bouquet. On peut aussi avoir à ce stade des lourdeurs de jambe et un oedème essentiellement après station debout prolongée ou exposition à la chaleur (oedème postural).
L'oedème est une infiltration séreuse par stase veineuse, ce qui provoque un gonflement des chevilles.
- STADE II : LES VARICES
Dilatations des veines superficielles associées à une insuffisance valvulaire entraînant un reflux veineux profond vers le système veineux superficiel (insuffisance de crosses de saphène interne ou externe et des veines perforantes).
- Stade III : COMPLICATIONS TROPHIQUES
Dermite Ocre
La dermite ocre est une coloration brune/sale irrégulière du tiers inférieur de la jambe par extravasation des hématies et dépôts ferriques dans la peau provoquée par une hyperpression veineuse.
Atrophie blanche
L'atrophie blanche est la conséquence d'une hypoxie liée à l'hyperpression veineuse secondaire ou primitive à l'ulcération, et correspond à un tissu cicatriciel quasiment avasculaire.
Dermohypodermite sclérosante
= On l'observe dans le cadre d'IVC grave souvent post-phlébitique. Il s'agit d'une gangue scléreuse accompagnée d'une inflammation plus ou moins réversible et parfois aggravée par une ankylose de la cheville. Ce stade peut être corrigé par une compression de force 3 ou 4.
Eczéma
L'eczéma est dû à une réactivité exagérée de la peau à la stase veineuse. Son aspect clinique est rarement classique (vésiculeux et suintant), il est plutôt érythémateux et squameux. Dans la plupart du temps, il survient au cours des stades II et III.
Ulcères
L'ulcère est le stade ultime de l'insuffisance veineuse chronique.
L'ulcère post-phlébitique
L'ulcère post-thrombotique représente de 30 à 50 % des ulcères d'origine veineuse. Contrairement à l'ulcère variqueux, il est la conséquence d'une phlébo-thrombose profonde, donc d'une atteinte des troncs veineux profonds. Le syndrome post-thrombotique se constitue progressivement et son aggravation est inéluctable si un traitement n'est pas entrepris.
La fréquence est en baisse grâce à une bonne prévention des phlébites appliquée depuis plus de 15 ans.
L'ulcère mixte
Association d'une composante artérielle et d'une composante veineuse.
Les ulcères veineux sont de plus en plus compliqués d'une atteinte artérielle (ulcères mixtes) liée à la prévalence croissante de l'artériopathie des membres inférieurs chez ces patients âgés.
ULCERE DE JAMBE D'ORIGINE ARTERIELLE
L'ulcère artériel complication de l'artériopathie
ARTERIOPATHIE DES MEMBRES INFERIEURS OU ARTERITE
Une plaque d'athérome est à l'origine de l'apparition d'une sténose à l'intérieur de la lumière artérielle source d'ischémie d'aval et de troubles trophiques distaux par hypoxie.
L'artériopathie chronique oblitérante survient chez l'homme, souvent fumeur à partir de 50 ans.
Il s'installe une circulation collatérale de suppléance lorsque les gros troncs artériels sont atteints. Cette circulation devient insuffisante pour subvenir aux besoins des muscles en action. Si la constitution de la plaque d'athérome est lente, une circulation collatérale s'installe.
On distingue quatre stades évolutifs :
| Stade I | Léger refroidissement des pieds avec une légère cyanose des membres. Le médecin peut constater une diminution ou abolition du pouls |
| Stade II | Des douleurs apparaissent à la marche, la douleur à type de crampe oblige à l'arrêt. On définit ainsi un périmètre de marche et on parle de claudication intermittente. |
| Stade III | L'ischémie devient sévère, la douleur s'installe même au repos, y compris en position allongée. |
| Stade IV | Il y a interruption de la circulation. Des troubles trophiques et des ulcérations apparaissent. Non traités, il y a risque d'ischémie aiguë et de nécrose. |
Le traitement de base de l'artériopathie est le rétablissement de la circulation artérielle par une intervention chirurgicale contournant l'obstacle par pontage (by pass) ou par élargissement de la zone sténosée par pose d'un stent après angioplastie (dilatation endoluminale par ballonnet).
Diagnostic ulcère artériel et ulcère veineux
Caractéristiques Cliniques
- La Localisation
L'ulcère veineux se situe le plus souvent à la face interne de la jambe en regard ou à proximité de la malléole interne.
L'ulcère d'origine artérielle se trouve préférentiellement à la face externe de la jambe comme « suspendu » à hauteur variable de la jambe.
- La taille, la forme, la profondeur, l'aspect du fond et les bords de l'ulcère
| Ulcère veineux | Ulcère artériel | |
| Taille | Volontiers étendu | Petit ou variable |
| Forme | Irrégulière en carte de géographie | Volontiers ronde à "l'emporte pièce" |
| Profondeur | Superficiel | Profond |
| Bords | Irréguliers avec peau-périlésionnelle altérée | Nets. La dermite ulcéreuse est moins fréquente |
| Douleur spontanée | +/- | ++ |
| Evolution | Chronique avec récidives | Fonction des possibilités de revascularisation |
- L'aspect de la peau péri-ulcéreuse
L'oedème concerne parfois toute la jambe associée à une inflammation cutanée. L'examen de l'ulcère doit être complété par un examen de la jambe et par un examen général, et plus particulièrement du système cardio-vasculaire, de l'état nutritionnel et de la mobilité du patient.
Examens Complémentaires
L'évaluation du réseau vasculaire permet d'apprécier la perfusion sanguine au niveau des membres inférieurs et concerne l'étroite composante artérielle, veineuse et la micro-circulation. Ces examens apportent une information essentielle complémentaire à l'examen clinique.
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L'Echo-doppler Associe le doppler pour évaluer l'hémodynamique vasculaire à l'échographie pour visualiser les parois des vaisseaux examinés, les lumières vasculaires. L'examen permet en outre de quantifier l'Index de Pression Systolique (IPS). |
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Artériographie : seulement en cas d'indication chirurgicale Avant toute intervention chirurgicale, il faut établir le point exact d'obstruction à l'aide d'une artériographie. |
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Définition :
Ulcération chronique, indolore et nette, située généralement sous la tête du 2ème ou 3ème métatarse du pied ou sous tout autre point de pression normale ou anormale à la face plantaire du pied. Il est généralement secondaire à une diminution, ou disparition de la sensibilité dans le cadre de la neuropathie diabétique source de déformation de la posture du pied. Il se complique volontiers d'infections, source d'abcès et d'ostéites.
Incidence/ Prévalence :
2,2 millions* de diabétiques en France en 2006 (glycémie >1,26g/l). Chaque année 6 % des diabétiques font un Mal Perforant Plantaire (MPP).
- 5 à 24 % des patients vont subir une amputation.
- 50 % de mortalité dans les 5 ans suivant l'amputation.
Origine :
C'est une réponse complexe à une atteinte sensitive et neurovégétative provoquant une faiblesse musculaire entraînant une déformation de l'architecture plantaire (effondrement de la voûte plantaire), réduction ou perte de sensibilité cutanée à la douleur ou aux frottements. L'ensemble de ces facteurs avec la fragilité de la peau et un manque d'attention de la part des patients est le point de départ de cette ulcération appelée MPP diabétique.
Caractéristiques :
Ulcération de petite taille à l'origine, le MPP est la complication de l'érosion d'une callosité initiale par hyperpression et se présente sous la forme d'une plaie aux bords kératosiques découpés et abrupts. Atone et volontiers torpide, la surinfection est fréquente sous forme de fusées purulentes à distance et d'ostéo-arthrites sous-jacentes.
Prévention :
Vérifier la sensibilité du pied (tact superficiel, froid, chaleur, corps étranger, réflexes...). Porter une attention particulière sur les chaussures, les ongles, la corne, les mycoses interdigitales, les corps étrangers. Une hygiène rigoureuse est primordiale.
Évolution :
- léger traumatisme, phlyctène sur callosité d'appui
- phlyctène, fissuration érosive,
- ulcération, porte ouverte à l'infection
- extension aux téguments environnant et installation de l'infection, risque d'ostéo-arthrite sous - jacente
- destruction complète des métatarsiens par ostéolyse progressive et risque de dissémination dans les zones de décollement (cellulite infectieuse)
- gangrène diabétique
- Débridement chirurgical et amputation de sauvetage du membre.
